

Voici le texte de l'homélie du P. Pierre Gérard à l'occasion de la Messe de Noël !
un des santons traditionnels de Provence est venue lui écrire une lettre...
Monsieur le Curé,
Vous voudrez bien pardonner ma vilaine écriture, mais je tremble beaucoup car je suis bien vieille et Roustido, mon mari, n’a pas voulu écrire à ma place car il tremble encore plus que moi.
Je suis Margarido, Ô vous me connaissez bien car je vous ai vu souvent venir m’admirer dans les baraques des santonniers, vous savez, cette vieille femme sur sa mule, et bien c’est moi !
Ö si vous m’avez vu sur ma mule ce n’est pas par coquetterie ou fainéantise, c’est que j’avais tellement mal à ma jambe !
Une douleur terrible, à croire que tous les démons des enfers s’étaient donnés rendez-vous pour venir torturer mon pauvre nerf sciatique.
Une douleur lancinante qui ne s’arrêtait pas !
La nuit elle m’empêchait de dormir et le jour elle m’empêchait de vivre
Eh oui depuis trop longtemps la gambo mi fa maou !
Aussi dès que j’ai entendu que le sauveur était né, je me suis précipitée, si on peut dire car avec mes douleurs je me déplace très lentement, bref j’ai mis une belle couverture de boutis provençal sur la croupe de mon bidet et zou me voilà partie bouto celo bouto celo vers la crèche de Bethléem. Ö qué voyage, chaque pas de ma mule était une vraie torture !et j’avais beau lui dire de se dépécher bouto celo bouto celo, elle n’en faisait qu’à sa tête, ô la bestiasse, ô la bourrique, une vraie tête de mule ! Encore pire que roustido mon mari !
Enfin nous sommes finalement arrivé vaille que vaille devant l’étable de Bethléem… Il était là le petit couché sur la paille de la crèche, il faisait froid, alors je me suis dit que ma belle couverture de boutis provençal serait plus utile pour réchauffer le petit…
au moment où je l’enlevais de ma mule pour la donner aux parents du petit j’ai ressentie tout à coup quelque chose de merveilleux, d’extraordinaire : tout était beau autour de moi le ciel, les étoiles, les regards de ceux qui étaient là, mon vieux cœur battait la chamade comme il y a bien longtemps quand roustido était encore un jeune homme et qu’il venait m’offrir les belles fleurs de nos collines en me disant des mots d’amour. Et puis surtout il y a eu quelque chose de plus merveilleux encore : j’avais oublié ma douleur, je ne pensais plus à ma jambe désormais c’est mon cœur qui occupait ma vie : ce que je vivais était si merveilleux : ma belle couverture allait servir à réchauffer le Bon Dieu, c’est qu’il était si petit, si fragile !
Et puis je me suis dit que si le Dieu tout puissant avait voulu venir nous rejoindre chez nous en quittant son magnifique palais du ciel et la cour des anges, pour venir partager nos souffrances, c’est qu’il devait sacrément nous aimer ! Et un bon Dieu qui nous aime autant ça vaut le coup de l’aimer aussi !
Bref à chaque Noël qui passais, je revivais cette merveille !
Seulement voilà, monsieur le Curé, depuis quelques années on a voulu moderniser la crèche : oh aiiaie ! Et ils ont fait le « village provençal » ! Figurez vous qu’on ma enlevé ma mule, on m’a assise sur une chaise avec un pilon d’aïoli dans les mains et depuis je ne m’arrête pas de faire l’aïoli, je n’en peux plus, j’en ai horreur… d’autant que ma vieille douleur est revenue ma jambe recommence à me faire souffrir.
Nous sommes là à tourner en rond dans ce village avec nos souffrances et sans aucun espoir…, ils ont oublié qu’un vrai santon c’est comme un vrai chrétien, il doit se mettre en route pour aller à la rencontre du Seigneur c’est ce qui donne sens à sa vie !
Si le bon Dieu a voulu venir jusqu’à nous en venant du ciel sur la terre, le moins que nous puissions faire c’est d’aller à sa rencontre là où il nous attend.
Alors de grâce, monsieur le Curé, si dans notre ville d’Aubagne on se remettait à nouveau en route vers le Bon Dieu, là où il nous attend : c'est-à-dire à l’église tous les dimanches, alors nous pourrions lui confier nos souffrances et nos peines et lui il viendrait réchauffer nos coeurs à son amour, alors ce serait vraiment Noël tous les dimanches et ensemble nous serions heureux !
Je sais bien que ça ne dépend pas de vous, monsieur le Curé, mais je compte sur vous pour le dire à tous ceux qui viendront le jour de noël : Tandis que j’étais assise sur ma chaise à tourner mon pilon d’aïoli, j’ai compris que pour être heureux sur la terre il faut pouvoir contempler le ciel !
Croyez-en la vieille margarido !
Adésias monsieur le Curé et Joyeux Noël à tous !