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Les santons de la crèche prennent la parole


Voici une lettre reçue par le Père Pierre Gérard notre Curé...


Cher monsieur l’abbé,

 

J’ai entendu dire, qu’une fois de plus, vous aviez donné la vedette aux  bergers.

Notez bien que je ne suis pas jaloux parce que je les aime bien, mais cela a ranimé une vieille souffrance dans mon cœur et je tenais à vous l’écrire.

Parmi les santons, je suis le seul dont on ne parle.... jamais!

Oh vous pouvez bien allez faire tout le marché d’Aubagne et même de Marseille, vous pouvez faire toutes les baraques des santonniers, vous y trouverez bien des santons: marguarido sur son âne qui chante «la gambo mi fa maou» , le rémouleur avec sa meule, le chasseur qui tire le lapin en regardant de l’autre coté, le meunier avec son sac de farine, les vieux sous leur parapluie rouge, le maire avec son écharpe, le curé avec son bréviaire, l’arlésienne, la poissonnière, pistachier avec sa merlusso; vous y trouverez même parfois, oh misère!, des pères-Noëls ou des cosmonautes, mais moi vous pouvez toujours me chercher, vous ne me trouverez pas!

Je suis un oublié de l’histoire!      

C’est qu’elle avait si bien commencé cette histoire!

Quelle merveille!

Cette nuit, c’était une nuit comme on en a plus vue depuis, le ciel semblait si proche de la terre qu’on avait l’impression qu’en levant la main, on pouvait décrocher les étoiles!

Qu’elle était belle cette nuit!

Et puis il y avait ces musiques, ces chants à nuls autres pareils, des chants qui touchaient les cœurs les plus racornis... des chants qui disaient des choses merveilleuses:

« Gloire à Dieu, paix sur la terre car il est né l’enfant divin, il est né lui notre Dieu, couché sur la paille dans une étable obscure de Bethléem» et chacun y allait de son couplet, chantant la gloire de Dieu et chantant le divin enfant!

Alors j’ai fait comme tout le monde, j’ai sorti mes beaux habits du dimanche, parce qu’il faut vous dire qu’à mon époque on gardait les beaux habits pour le dimanche, je sais que maintenant c’est souvent le contraire, enfin autres temps autres mœurs!

Je sortais donc mes beaux habits du dimanche, j’enlevais les boules de naphtaline des poches, et je les ai revêtu: J’étais beau comme un sou neuf! Puis j’ai cherché le plus beau des cadeaux que je pouvais faire à l’enfant Dieu!

Ah c’est sûr qu’un cadeau comme ça personne n’allait le lui faire!

J’étais donc fin prêt à partir et à prendre ma place au milieu des santons, c’est sûr que j’étais le plus beau et même le meilleur santonnier  allait avoir bien du mal à me refaire aussi beau!

Quand tout à coup j’ai senti monter en moi, une flemme comme je n’en avais jamais éprouvée, c’est que j’avais travaillé toute la semaine, alors j’avais bien le droit de me reposer un peu, non?

Et puis j’entendais une petite voix qui disait:

«Et reste là, n’y va pas, qu’est ce que tu vas aller faire? Ton Dieu il n’a pas besoin de tout ça! Tu peux le prier ici dans ton cœur! et puis tu as vu les autres santons:  Marguarido avec sa langue de belle mère qui critique tout le monde, et le maire tu n’as même pas voté pour lui! la boulangère, elle trompe son mari, tout le monde le sait, même le chat! Le rémouleur c’est un ivrogne, les deux vieux ils se disputent toute la journée  quand au curé, ses paroissiens n’en finissent pas de chanter les litanies de ses défauts!

Et tout ça va faire risette à l’enfant-Dieu!

Allons, tu ne vas quand même pas aller avec eux! Tu vaux mieux que ça!»

Et puis il y avait le lit, un bon lit bien chaud bien douillet qui me tendait les bras alors j’ai craqué en me disant que j’aurai bien une autre occasion d’y aller et cette nuit-là, je suis resté dans mon lit, à dormir!

   

Le lendemain quand je me suis réveillé,  pris de remords j’ai pris mon cadeau et je suis parti en courant vers l’étable de Bethléem, mais quand je suis arrivé c’était trop tard il n’y avait plus personne, j’avais raté le rendez-vous du Seigneur!

 

C’est alors que je les ai vu, tous les autres, émerveillés, transformés, par ce qu’ils avaient vécu ensemble... ils avaient vu le sourire de Dieu, ils avaient plongé leurs yeux dans son regard plein d’amour, ils avaient goûté sa tendresse et ravivé leur cœurs...

Et moi j’étais là, tout seul, ignoré... avec mon cadeau inutile dans les mains!

 

Depuis je n’en fini pas de pleurer ce rendez-vous raté! 

Si seulement ma souffrance pouvait aider les autres à ne pas commettre la même erreur, elle n’aurait pas été inutile, c’est pour cela que j’ai voulu vous écrire.

Allez au revoir, monsieur l’abbé et joyeux noël!

 

                                                                                              Le santon inconnu.

 

Post Scriptum: J’ai su depuis que le Seigneur nous donnait rendez-vous tous les dimanche à la messe, inutile de vous dire que je n’en rate pas un seul, c’est tellement dommage d’être croyant... non-pratiquant! 


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C
Je m'appelle Guillaume, j'habite à Diepp et je vais au cathé avec Fabienne. Je vous présente tous mes voeux pour 2009: joie et paix dans le Monde.
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