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Paroles du Pape pour les Rameaux 2009

Pour la célébration des Rameaux, Journée Mondiale de la Jeunesse 2009, le Saint Père a adressé un message fort à tous les jeunes présents. Nous vous en présentons quelques extraits bien utiles en ces jours où nous nous approchons de la Croix du Christ.

"Nous ne savons pas précisément ce que les pèlerins enthousiastes imaginaient qu'était le Royaume de David qui venait. Mais nous, avons-nous vraiment compris le message de Jésus, Fils de David ? Avons-nous compris ce qu'est le Royaume de Celui qui a parlé lors de l'interrogatoire devant Pilate ? Comprenons-nous ce que signifie que ce Royaume n'est pas de ce monde ? Ou désirons-nous peut-être qu'au contraire, il soit de ce monde ?"


Jean raconte avant tout que, parmi les pèlerins qui, au cours de la fête « voulaient adorer Dieu », se trouvaient des Grecs (cf. 12, 20). Faisons attention au fait que le vrai objectif de ces pèlerins était d'adorer Dieu. Cela correspond parfaitement à ce que Jésus dit à l'occasion de la purification du Temple : « Ma maison sera appelée maison de prière pour toutes les Nations » (Mc 11, 17). Le vrai but du pèlerinage doit être rencontrer Dieu ; de l'adorer et ainsi mettre dans l'ordre juste la relation de fond de notre vie. Les Grecs sont des personnes à la recherche de Dieu, par leur vie, ils sont en marche vers Dieu. Maintenant, par l'intermédiaire de deux apôtres de langue grecque, Philippe et André, ils font parvenir leur demande  au Seigneur: « Nous voulons voir Jésus » (Jn 12, 21).
De grandes paroles. Chers amis, c'est pour cela que nous sommes rassemblés ici : nous voulons voir Jésus. Dans ce but, l'an dernier, des milliers de jeunes sont allés à Sydney. Certes, ils auront eu de multiples attentes, pour ce pèlerinage. Mais l'objectif essentiel est celui-ci : Nous voulons voir Jésus.

Pour ce qui est de cette demande, qu'est-ce que Jésus a alors dit et fait ? De l'Evangile, il ne ressort pas clairement s'il y a eu une rencontre entre ces Grecs et Jésus ; le regard de Jésus va bien au-delà. Le noyau de sa réponse à la demande de ces personnes est : « Si le grain de blé, tombé en terre, ne meurt pas, il reste seul ; si au contraire il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jn 12, 24). Cela signifie : ce n'est pas un entretien plus ou bref avec un petit groupe de personnes qui rentrent ensuite chez eux. Je viendrai, comme le grain de blé mort et ressuscité, d'une façon tout à fait nouvelle, et au-delà des limites du moment, à la rencontre du monde et des Grecs. Par sa résurrection, Jésus dépasse les limites de l'espace et du temps.

En tant que Ressuscité, Il est en chemin vers le vaste monde et l'histoire. Oui, en tant que Ressuscité, il va vers les grecs et parle avec eux, il se montre à eux si bien qu'eux, qui étaient loin deviennent proches et justement, dans leur langue, dans leur culture, sa parole est apportée de façon nouvelle, et comprise d'une façon nouvelle : son Royaume vient.
Nous pouvons ainsi connaître les deux caractéristiques essentielles de ce Royaume. La première est que ce Royaume passe par la croix. Puisque Jésus se donne totalement, il peut, en tant que Ressuscité, appartenir à tous et se rendre présent à tous. Dans la sainte eucharistie, nous recevons le fruit du grain de blé mort, la multiplication des pains qui se poursuit jusqu'à la fin du monde, et dans tous les temps. La seconde caractéristique dit : son Royaume est universel. L'antique espérance d'Israël s'accomplit : cette royauté de David ne connaît plus de frontières.

La parole à propos du grain de blé mort fait encore partie de la réponse de Jésus aux Grecs, c'est sa réponse. Mais ensuite, il formule une fois encore la loi fondamentale de l'existence humaine : « Qui aime sa vie la perdra, qui hait sa vie en ce monde la conservera dans la vie éternelle » (Jn 12, 25). Qui veut avoir sa vie pour soi-même, vivre seulement pour soi-même, serrer tout contre soi, et en exploiter toutes les possibilités - c'est celui-là justement qui perd sa vie. Elle devient ennuyeuse et vide. C'est seulement par l'abandon de soi-même, dans le don désintéressé du « je » en faveur du « tu », seulement dans le « oui » à une vie plus grande, celle de Dieu, que notre vie aussi devient ample et grande.

Ainsi, ce principe fondamental que le Seigneur établit est simplement identique, en dernière analyse, au principe de l'amour. En effet, l'amour signifie se quitter soi-même, se donner, ne pas vouloir se posséder soi-même, mais devenir libre de soi : ne pas se replier sur soi-même - qu'est-ce que je vais devenir ? - mais regarder vers l'avant, vers l'autre - vers Dieu et vers les hommes qu'il m'envoie.

Et ce principe de l'amour qui définit le chemin de l'homme est encore une fois identique au mystère de la croix, au mystère de mort et de résurrection que nous rencontrons dans le Christ.

Chers amis, il est peut-être relativement facile d'accepter cela comme la grande vision fondamentale de la vie. Mais dans la réalité concrète, il ne s'agit pas simplement de reconnaître un principe, mais de vivre sa vérité, la vérité de la croix et de la résurrection. Et pour cela, à nouveau, une unique grande décision ne suffit pas. Il est sûrement important d'oser une fois la grande décision fondamentale, oser le grand « oui » que le Seigneur nous demande à un certain moment de notre vie.

Mais le grand « oui », le moment décisif de notre vie - le « oui » à la vérité que le Seigneur place devant nous - doit ensuite être reconquis quotidiennement dans les situations de tous les jours, où, toujours à nouveau, nous devons abandonner notre « je », nous rendre disponibles, alors qu'au fond nous voudrions nous agripper à notre « je ». Une vie droite est faite aussi de sacrifice, de renoncement.  Qui promet une vie sans ce don toujours nouveau de soi, trompe les gens. Il n'existe pas de vie réussie sans sacrifice. Si je jette un regard rétrospectif sur ma vie personnelle, je dois dire que c'est justement les moments où j'ai dit « oui » à un renoncement qui ont été les moments grands et importants de ma vie.

(...)

Plus nous pouvons faire aussi quelque renoncement par amour de la grande vérité et du grand amour- par amour de la vérité et de l'amour de Dieu -, plus la vie devient grande et riche. Qui veut conserver sa vie pour soi, la perd. Qui donne sa vie - quotidiennement, dans les petits gestes qui font partie de la grande décision - la trouve. Voilà la vérité exigeante, mais aussi profondément belle et libératrice, dans laquelle nous voulons entrer pas à pas, pendant le chemin de la croix à travers les continents. Veuille le Seigneur bénir ce chemin. Amen.







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