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Homélie de la Chandeleur 2012 à Saint Victor, par l'Evêque d'Alep

 

Voici l'homélie prononcée pour la Chandeleur par Monseigneur Antoine Audo, Evêque Chaldéen d'Alep :

 

 

 Fête de la Chandeleur

Abbaye Saint-Victor

Jeudi 2 février 2012

P1170563.jpgFrères et soeurs,

Venu d'Alep, en Syrie, où je suis l'évêque de l'Église chaldéenne, je suis heureux de prendre part aux fêtes de la Chandeleur à Saint-Victor, berceau de l'Église de Marseille.

C'est pour moi une occasion unique, en ce moment difficile que traversent mon pays, et les chrétiens plus particulièrement, de pouvoir célébrer avec vous l'Eucharistie, et, à l’image de saint Syméon le prophète, de me laisser avec vous conduire et consoler par le Christ, Lumière du monde.

Avant de vous proposer quelques réflexions sur l'Évangile que nous venons d'entendre, je voudrais tout d'abord adresser mes remerciements à Mgr Georges Pontier, archevêque de Marseille. A travers vous, chers chrétiens de Marseille, rassemblés autour de votre pasteur, vos prêtres et diacres, je voudrais remercier aussi l'Église de France, missionnaire et généreuse, pour tout ce qu'elle a fait et continue de faire pour nos Églises du Moyen-Orient dans le domaine de l'enseignement et l'aide humanitaire.

Dès mon arrivée à Marseille, il y a deux jours, et à la lecture de quelques documents, j'ai tout de suite réalisé combien les fêtes de la Chandeleur étaient significatives pour vous. Dans cette grande métropole moderne du Sud de la France, ces fêtes nous replongent dans les traditions historiques les plus antiques et ouvrent nos esprits et nos cœurs à un foisonnement de symboles. Nous sommes attirés par ces célébrations, car elles nous conduisent à l'émerveillement et à l'adoration du mystère de Dieu à l'œuvre dans l'histoire et la création.

En effet, ces symboles sont un éclatement de lumières célestes qui transforment nos vies simples et ordinaires.

D'ailleurs, nous avons pu observer le bateau qui, à travers un long parcours maritime, nous apporte la Parole de Dieu. Ce geste attire notre attention sur le fait que la foi nous a été transmise à travers des témoins, des martyrs fidèles, tel que saint Victor, et dignes de confiance. Ils nous rappellent, par conséquent, le devoir d'annoncer la Bonne Nouvelle avec courage et détermination.

De même, l'évêque bénit la ville, lieu du vivre et travailler ensemble, pour prospérer dans les œuvres de justice et de solidarité. Et, en cette fête de la Lumière, il bénit aussi les cierges verts de ceux qui veillent dans la nuit. La symbolique de la couleur verte des cierges signifie, d'une certaine manière, la nature, la création, appelées à être illuminées par le Seigneur qui vient les sauver.

Enfin, la bénédiction du four des navettes, qui évoquent la barque par laquelle Lazare et les Saintes Maries arrivèrent sur les côtes de Provence, nous apprend à apprécier et respecter la nourriture et à la partager avec les pauvres, comme un don de Dieu.

En ce jour de fête, et dans toutes nos Églises orientales, nous bénissons aussi les cierges que les fidèles emmènent dans leur maison, signe de bénédiction et de présence du Christ, Lumière du monde. En plus, je voudrais signaler que notre Église chaldéenne célèbre en ce jour la fête de saint Syméon. C'est à travers lui que nous faisons l'expérience que toutes les

grandes figures de l'Ancien Testament, depuis Abraham, Moïse, David, et jusqu'aux derniers prophètes, sont présentes pour rencontrer le Christ qui comble leur attente.

Pour cela, permettez-moi de m'arrêter surtout à cette figure de Syméon, à ses gestes et paroles.

Tout d'abord, je relève, dans l'hymne de ce prophète, le premier mot, plein de significations bibliques. « Maintenant, laisse ton serviteur s'en aller en paix, selon ta parole… » D’habitude, cet adverbe conclut un récit historique. Et ce « maintenant » est censé diriger la vie du croyant, sur les chemins de l'espérance. Ce vieillard qui prend l'Enfant Jésus dans ses bras se laisse transformer par cet Enfant Dieu. Il n'est plus vieux, il devient jeune, car il a les yeux tournés vers un avenir qu'il reçoit des mains de Dieu. Il ne quitte pas la vie en pleurant, mais dans la paix et l'action de grâce.

Ce « maintenant », ce « présent » dans la vie chrétienne veut dire rester disponible, écouter, ne pas laisser son cœur s'endurcir, et discerner les chemins de Dieu dans notre humanité. Enfin, ce « maintenant » veut dire nous laisser conduire par l'Esprit Saint.

Et j'en viens à la rencontre entre le Christ et Syméon, cette rencontre qui est lourde de signification pour la vie chrétienne. Il s'agit de cette relation personnelle avec Dieu qui est le fondement de la vie chrétienne. Pour comprendre cela, nous devons nous rappeler la doctrine chrétienne : la foi, ce ne sont pas des principes moraux et des affirmations dogmatiques. Par contre, elle est avant tout une rencontre avec une personne vivante qui est le Christ. Le grand patriarche Athénagoras aimait à répéter que le christianisme est « la religion des figures ». Il faut comprendre : des hommes qui se rencontrent, qui se font confiance et, ensemble, ils construisent l'avenir.

Enfin, cette rencontre d'un homme âgé avec un enfant nouveau-né est, pour nous, comme un gage que Dieu ne se lasse jamais de sa créature. Il nous bénit toujours, nous pardonne et ouvre devant nous des chemins d'espérance.

Nous-mêmes, à l'image de Syméon, mettons-nous debout, laissons-nous conduire par l'Esprit Saint vers le Christ. Si nous rencontrons le Christ dans la vérité, Il nous donne la joie de relire l'histoire de notre vie pour la libérer de toutes les peurs et angoisses. Si nous acceptons que le Christ vienne demeurer en nous, Il nous donne la joie de vivre à chaque fois des rencontres libres de toutes peurs et préjugés.

Si nous vivons, dans le silence de nos cœurs, la rencontre avec le Christ, nous aurons la joie de nous guérir de toute fausse relation. La rencontre avec le Christ nous permet de relire en vérité notre histoire pour y découvrir comment le Seigneur ne cesse de nous accompagner pour nous faire grandir dans la vraie relation aux autres, qui devient de plus en plus respect, sincérité et pardon.

En exposant le thème pastoral de cette année, « Conversion et mission », Mgr Georges Pontier concluait une interview à KTO en disant : « Rencontrer les pauvres est le chemin le plus sûr pour rencontrer Dieu. » Laissons-nous convertir par l'humilité du Christ pour être dignes de l'annonce de son Évangile.

En cette belle fête de la Chandeleur, et en cette année de la foi annoncée par Benoît XVI, écoutons ce que le Saint Père nous en dit : « Si la foi ne retrouve pas sa vitalité en devenant une profonde conviction et une force réelle grâce à la rencontre avec Jésus-Christ, toute les autres réformes seront inefficaces. »

P1170578Notre-Dame de Confession,

Reine des Martyrs,

Mère de Dieu,

Trône de la Sagesse,

Comme notre humanité,

Vous êtes noire, mais belle,

Apprenez-nous,

Comme aux noces de Cana,

À rester attentifs, à écouter votre Fils,

Et à faire ce qu'Il nous demande maintenant.

Donnez-nous le courage de nous tenir avec vous,

Et comme le disciple bien-aimé,

Au pied de la Croix,

Et d'écouter le Christ nous dire :

« Voici ta mère. »

Amen.

 

+ Antoine Audo

Evêque chaldéen d’Alep

 

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