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Homélie de la Chandeleur 2009

Homélie du 2 février 2009
 

 
Prenant dans ses mains cet enfant semblable aux autres enfants, le vieillard Syméon, poussé par l’Esprit s’écrie :« Mes yeux ont vu ton salut : lumière pour éclairer les nations païennes, et gloire d’Israël ton peuple. » Quelle scène étonnante ! Rien ne distingue le Jésus qui a 40 jours des autres bébés du même âge et pourtant Syméon est rempli d’espérance devant Lui. Il lui est donné de dépasser ce qui se voit avec les yeux du corps pour aller au-delà. Et il en fut ainsi tout au long de la vie de Jésus de Nazareth : entre ce qui se donnait à voir et l’espérance qu’il révélait, il y avait un abîme. Comment comprendre cela ? Nous le savons bien, nous qui sommes là ce matin, si tôt !

Ce qui fait que Jésus devient lumière pour nous, c’est que Dieu ait pu se faire semblable à nous à ce point, qu’il ait pu abandonner sa condition de Dieu pour revêtir notre condition humaine et le faire sans s’éviter l’épreuve aux formes multiples : celles de la trahison, de la faim, du rejet, de la souffrance, de la persécution, celle de la mort ignoble !

Ce qui nourrit notre espérance, c’est qu’il y a un au-delà de l’épreuve et que la fragilité humaine est habitée par l’amour de Dieu qui vient l’illuminer de sa présence inouïe, inespérée. Ce ne sont plus la force, la domination, la victoire, la richesse, l’intelligence, la beauté physique qui sont porteurs d’espérance et d’humanité. C’est la fidélité de l’amour de Dieu qui transparait de manière encore plus forte quand elle vient éclairer les nuits de l’épreuve, de la fragilité, de la faiblesse, quand elle prend le visage du pardon, de la proximité, de la solidarité, de la fidélité, de la résurrection, de l’amour jusqu’au bout.
Ce qui fut porteur d’espérance, c’est que ce Jésus a rejoint les petits, les laissés pour compte, les blessés de l’existence et qu’il a même admiré leur courage et leur foi. Il les a donnés en modèle. Il leur a dit : Tu es aimé de Dieu !

Et voilà que pour nous-même les choses continuent ainsi. C’est quand nous nous approchons des plus faibles que notre espérance est renforcée, que la lumière intérieure de l’espérance se fortifie. Regardez, vous les jeunes, lorsque vous allez à Lourdes et côtoyez les malades, vous êtes étonnés et réconfortés. Quelques uns parmi vous ont été à Calcutta cet été auprès des personnes vivant dans ces mouroirs où on humanise la vie par les gestes simples de la présence, du soin et du sourire échangé. Et à l’intérieur de vous qui avez vécu cela la lumière de la vie s’est éclairée plus qu’au cours des journées passées à la plage ou à la montagne !
Et que dire de ceux qui ont rejoint des personnes ayant un handicap ou qui ont accueilli en famille des enfants qui autrement n’auraient pas eu de vacances.
Et vous, chers amis, vous qui vivez ici, chez vous, les formes multiples de la solidarité, n’est-ce pas cela qui nourrit votre espérance ? : voir que c’est en se faisant proche des éprouvés qu’on grandit en humanité, qu’on reçoit plus qu’on ne donne ? Je pense à tous ceux qui prennent des initiatives pour accompagner ceux qui manquent de logement, de travail, de famille, de nourriture, pour les endettés et les abandonnés. Je pense aussi à vous qui avez choisi le silence pour dire une parole au sujet de ceux qui vivent dans la peur d’être expulsés. ou séparés. En tout cela, comme Syméon, nous prenons en nos mains nos frères éprouvés et au-delà de ce qui leur arrive nous voyons l’amour que Dieu leur porte et nous voyons tout ce que nous apporte le fait de nous faire semblables à eux, proches d’eux.
Mais il y a plus encore : lorsque nous-même ou un de nos proches connait le vertige de ces maladies graves dont l’évolution et l’issue sont si redoutables et déshumanisantes, voilà que là encore, la présence fidèle, le dépassement dans l’amour, le regard échangé, le sourire donné, la prière partagée vont permettre d’être intérieurement plus forts que ce que donne à voir extérieurement ce qui nous frappe.

Oui « Lumière pour éclairer les nations païennes et gloire d’Israël son peuple ! » Oui, il vient ce bébé de Dieu, cet enfant-Dieu, il vient illuminer nos vies, « en dévoilant les pensées secrètes d’un grand nombre. »

Mes amis, regardons-le Celui qui a dit : Je suis la Lumière du monde ! Regardons le, contemplons le ce matin et toute cette semaine !

Tout homme est aimé de Dieu ! Nous sommes faits pour aimer à sa manière ! Nous sommes faits pour être humains entre nous et pour que nos sociétés soient toujours plus humaines. Nous traversons des temps difficiles, incertains, troublants ! Celui qui est lumière du monde nous indique le chemin lumineux qui peut nous permettre de passer, c’est celui de la proximité, de l’attention aux plus fragiles, celui de la solidarité vraie et de la fraternité, celui de la justice et du courage de se faire frères.

Recueillons-nous un instant en silence :
Que notre Dame de confession qui nous présente le fils bien aimé si semblable à nous dans la chair, nous accompagne pour que nous laissions l’Esprit de son Fils nous rendre intérieurement semblables à Lui, le frère universel.
Amen.

+ Georges Pontier
Archevêque de Marseille

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